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Bruno Even, PDG de Airbus Helicopters : "Être capable de résister"

Rédigé le 26/10/2018

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Bruno Even, le nouveau PDG de Airbus Helicopters, mise sur une plus forte rentabilité et parie sur une reprise lente

Bruno Even, 49 ans, issu de Safran Helicopter Engines, a pris la tête d'Airbus Helicopters dont le siège est à Marignane, au 1er avril, avec comme volonté affichée de conforter le site de 8 000 salariés au coeur de la stratégie du constructeur, filiale d'Airbus Group.

Vous avez annoncé l'objectif d'un Ebit (bénéfice avant intérêts et impôts) de 10 % ?
Bruno Even : C'est une ambition qui s'inscrit dans la durée. L'enjeu c'est d'assurer la pérennité d'Airbus Helicopters. Cela signifie d'abord renforcer notre positionnement de leader mondial tout en identifiant d'autres relais de croissance comme le développement des services aux opérateurs sur lequel on peut faire plus avec le digital, ou encore les nouveaux marchés comme les drones, l'urban air mobility pour lesquels nous avons des cartes dans les mains. Je considère que l'amélioration d'une rentabilité pour une société leader mondial est essentielle. 10 % c'est quelque chose qu'on doit aller chercher dans la trajectoire. C'est le signe d'une robustesse dans un marché où il y a des hauts et des bas. Il faut qu'on soit capable de résister lorsqu'on est en période basse.

On est en période basse ?
Bruno Even : Depuis 3 - 4 ans le marché de l'hélicoptère traverse une période difficile. Aujourd'hui j'estime qu'on est à un point bas. Les analyses ne montrent pas le marché continuant à descendre. Sur la durée je reste optimiste par rapport aux perspectives de croissance. Un des "drivers" de cette croissance, ce sont les pays à forte croissance : je pense à l'Asie, la Chine. Donc on est effectivement à un point bas, mais la reprise sera lente. Dans la durée le marché sera porteur, ce qui explique que nous continuons à investir dans nos produits, notre compétitivité. L'autre moteur c'est le renouvellement des flottes. La dimension gouvernementale et militaire intervient sur ces contrats. Par exemple en France dans le cadre de la loi de programmation militaire, il y a un certain nombre de programmes identifiés, dont le HIL, l'hélicoptère interarmées pour le renouvellement de six types différents d'hélicoptères dont certains arrivent en fin de cycle.

Le militaire est clé ?
Bruno Even : Le militaire reste un marché fort. Si je simplifie le marché de l'hélicoptère c'est 50/50 entre le civil et le militaire. C'est un marché sur lequel on est présent depuis des années ; nos hélicoptères peuvent s'adresser au marché civil et militaire. Si le marché civil est à un point bas, dans le domaine militaire il y a des opportunités avec des contrats qu'on négocie sur plusieurs années. En 2018 on a réussi à répondre présent ; je pense à la Hongrie avec le H145, au renouvellement de contrats aux États-Unis avec le Lakota, le Qatar, avec le premier contrat à l'export pour le NH90 depuis près de 10 ans.

La rentabilité passe par une nouvelle organisation ?
Bruno Even : Derrière l'enjeu de compétitivité il y a plusieurs axes ; on doit évidemment optimiser nos coûts de structure, améliorer la façon dont on pilote nos services et optimiser nos coûts de production. Cela signifie travailler avec nos fournisseurs qui représentent 70 % du coût d'un hélicoptère. Et effectivement Airbus Helicopters est engagé dans une stratégie industrielle qui repose sur la spécialisation de nos sites pour éviter de dupliquer les investissements, renforcer les compétences, en renforçant la taille critique des activités concernées.

On me forme aux métiers de demain ! 

Le numérique est partout : il aide à s’en sortir…ou il peut exclure encore plus ceux qui sont déjà en difficulté. Fabrication numérique, ateliers…nous formons 60 000 personnes en France en 2018 ! 

C'est une stratégie qui est déjà développée au sein d'Airbus sur la partie avion. On l'aborde à travers le fer de lance de nos nouveaux programmes, le H160, avec la fierté d'une nouvelle ligne sur Marignane. La spécialisation se fait entre nos principaux sites industriels ; Marignane, Le Bourget, Donauwörth en Allemagne, Albacete en Espagne. Pour le 160, les activités de pâle sont implantées au Bourget, celles d'ensemble mécanique à Marignane, qui vise à être le centre d'excellence dans le domaine de la mécanique, et où est également réalisée la partie avant, la baie avionique et la chaîne d'assemblage. La partie fuselage arrière est réalisée à Albacete, qui a livré le premier cet été, et la partie fuselage central à Donauwörth.

Vous misez sur l'H160 ?
Bruno Even : La force d'Airbus Helicopters c'est la large gamme de produits. Aujourd'hui sur les légers on est à près de 70 % de parts de marché, sur le Super Puma on a eu plus de 50 prises de commandes l'année dernière. Le seul segment sur lequel on a un positionnement difficile est celui des médiums, 5, 6 tonnes. Le H160 est la réponse. Il sera certifié fin 2019 et les premières machines seront livrées en 2020.

Quel sera l'hélicoptère de demain ?
Bruno Even : L'hélicoptère reste notre métier coeur qui nous fait vivre aujourd'hui et nous fera vivre dans 10 ans, dans 30 ans. On va évoluer vers le digital dans les services qu'on propose à nos clients mais aussi voir l'émergence de l'électrique, soit en propulsion soit en hybridation. On travaille aussi sur le bruit, les émissions, l'environnement. Et le deuxième niveau concerne des marchés complémentaires ; les drones ou les déplacements dans les zones urbaines. Par exemple le VSR700 est un prototype sur lequel on travaille avec la DGA avec une feuille de route d'ici 2021 et un premier vol en mode drone prévu d'ici la fin de l'année ainsi qu'un contrat en 2023 qui vise à livrer des drones pour la Marine.

"On a su réagir avec une qualité de dialogue social"

La spécialisation des sites ne va pas impliquer les métiers à Marignane ?
Bruno Even :
 On est en mesure d’offrir sur un site, à l’échelle de Marignane, la capacité d’évoluer même en changeant de métier. Si quelqu’un veut changer de site, par rapport à la mise en œuvre de la spécialisation des sites, on l’accompagnera, mais cela ne s’imposera pas comme une contrainte, il y a suffisamment de métiers et de possibilités à Marignane, et on inscrit cela dans la durée. On voit un équilibre entre les différents pays, l’Allemagne, l’Espagne et la France. D’un site à l’autre il y a des plus et des moins, qui peuvent impliquer l’accompagnement dans le cadre de l’évolution des métiers mais ce qui est important dans un site comme Marignane c’est d’avoir la vision de son rôle dans la durée, centre d’excellence autour de la dynamique, autour des ensembles mécaniques, autour de la dimension avionique et chef d’assemblage de modèles comme le Super Puma, l’Écureuil...

De nouveaux efforts salariaux et d’emplois seront demandés ?
Bruno Even :
 Vous faites référence au plan Adapt qui devait répondre rapidement à une baisse brutale du marché de 30 %. On a su réagir avec une qualité de dialogue social, des efforts ont été faits. En 2015, 2016, 2017 et 2018 Airbus Helicopters a montré qu’il savait résister et a même amélioré sa part de marché. On a stabilisé notre chiffre d’affaires. Aujourd’hui je ne vois pas le besoin d’avoir des mesures de ce type-là en 2019.

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